Les causes de l’atrophie de l’imaginaire anarchiste sont multiples. Historiquement, plusieurs acteur-es ont eu avantage à enfouir et distordre la mémoire des luttes libertaires. En chefs de tête figurent bien entendu les États, ennemis irréconciliables de la liberté. Même si les jours où l’humanité était artificiellement divisée entre les blocs Capitaliste et Socialiste semblent lointains, la pensée des mouvements radicaux contemporains est teintée de l’héritage particulier de cette époque révolue. En n’ayant pour référence que des projets de lutte d’inspiration communiste ou de libération nationale sur lesquels on appose notre critique anarchiste, on risque d’oublier ou de lisser la spécificité des luttes menées sur des termes libertaires.
Tant que les luttes contre les discriminations ne remettront pas en cause le néolibéralisme et son fonctionnement dans la vie quotidienne, elles seront généralement néfastes aussi bien à la gauche qu’aux groupes concernés. Et ce sera la droite qui tirera les marrons du feu.
Seul l’antipatriarcat « post-moderniste » semble avoir le vent en poupe et constitue de fait un bureau politique qui ne dit pas son nom, minorant ainsi la parole des militantes qui portent une approche et une méthodologie autres. Le genre est en effet devenu le prisme de tout échange. Les camarades hommes hétérosexuels sont, notamment, soumis à une critique permanente du simple fait de ce qu’ils sont, quel que soit leur engagement concret dans la lutte pour l’égalité des droits, y compris dans leur vie quotidienne.
S’il y a quatre facteurs qui reviennent dans le mouvementisme actuel, ce sont le manque de matérialité dans l’analyse, le relativisme culturel, l’acceptation inconsciente des valeurs néolibérales et la survalorisation du langage et du symbolique. S’il y en a un qui l’emporte sur tous, c’est l’absence de critique des contradictions et des incohérences qui se produisent.
«Ce détour par les USA montre que le problème des identity politics traverse autant la « gauche » libérale que les milieux radicaux. Ce n’est donc pas spécifiquement une question de radicalité, mais aussi un problème de réformisme voire de conformisme.»