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Encadré du texte  »Pourquoi nous sommes féministes révolutionnaires »
Un texte Des membres de La Grotte, local anarchiste-communiste et féministe de Poitiers
Paru dans Courant Alternatif #305 décembre 2020
Lire en ligne sur le site de l’Organisation Communiste Libertaire

C’est par le terme de postmodernisme (ou de postmodernité) que l’on désigne le plus souvent notre époque ; mais s’il est beaucoup utilisé, et parfois dans des contextes très différents, ce terme est très peu défini. Issu des théoriciens des beaux-arts, il vise à la fin des années 1970 les œuvres produites depuis l’existence des mass media, et décrit en particulier le rapport nouveau que peuvent avoir l’artiste et le spectateur aux productions artistiques, du fait que les individus vivant dans les sociétés dites occidentales contemporaines sont constamment soumis à des images. Cette omniprésence des représentations entraîne un rapport constant à des citations, références et esthétiques particulières (telles que le collage, le fragment), ou encore un rapport ironique aux prédécesseurs. Pour simplifier grossièrement, ce qui est souligné là est un peu la différence entre une personne contemplant dans un musée, au XIXe siècle, une toile avec pour seul bagage ses souvenirs d’expositions précédentes et une autre qui, aujourd’hui, peut mettre en pause un film pour vérifier qu’une de ses scènes est bien extraite d’un autre film.


Mais la notion de postmodernité est entrée dans le champ politique avec d’autres théoriciens. Jean-François Lyotard, dans La Condition postmoderne, a désigné par là en 1979 un rapport nouveau au savoir et à l’information, qui nous rendrait hermétiques aux « grands récits » (par exemple : à quoi bon vouloir faire la révolution quand on sait qu’elle finira forcément dans un bain de sang ?). Puis Fredric Jameson – toujours en s’appuyant sur les arts plastiques – y a vu, ainsi que le dit le titre de son essai sur la question en 1991, « la logique culturelle du capitalisme tardif ». « Je me dois de rappeler cette évidence au lecteur, y écrit-il, à savoir que toute cette culture postmoderne mondiale, encore qu’américaine, est l’expression interne et superstructurelle d’une nouvelle vague de domination américaine, économique et militaire, à travers le monde : en ce sens, comme dans toute l’histoire des classes sociales, le dessous de la culture est le sang, la torture, la mort et la terreur. » Une remarque qui n’incite guère à s’en revendiquer…


En théorie politique, le postmodernisme a été récupéré de manière assez floue par les mouvements héritiers de la French theory (les études américaines qui ont découlé de la lecture des philosophes français Foucault, Derrida, Deleuze, etc.) et centré sur les identités (de genre, de « race » ou d’autres oppressions). Le terme postmoderne (parfois abrégé pomo) y voisine avec celui d’intersectionnalité, quand il ne se confond pas avec. Il est souvent utilisé pour légitimer les luttes individuelles au détriment de combats collectifs. Mais n’oublions pas que la façon dont on désigne une période est toujours marquée idéologiquement : la Belle Epoque n’était belle que pour les bourgeois, et les Trente Glorieuses ne le sont surtout que pour l’Economie. Espérons que le postmodernisme n’empêchera pas la création d’utopies à grande échelle et ne nous confortera pas longtemps dans l’individualisme.