Environnement

«Le développement durable» par Alexandre B. Couture (Québec, 2022)

Le développement durable

une approche qu’il faut impérativement mettre aux vidanges

Alexandre B. Couture
Québec, 2022

Texte publié dans Liberté Ouvrière #2

Comment est-ce qu’une approche aussi inefficace que celle du développement durable peut-elle être toujours l’approche largement dominante dans la lutte contre la destruction environnementale ? Il semble qu’un bilan misérable de 30 ans comme approche dominante devrait être plus que suffisant pour la remplacer par une approche pouvant atteindre des résultats à la hauteur des nombreux problèmes environnementaux. Mais non, elle est toujours en place et cet état des faits ne semble pas sur le point de changer. Pourquoi donc ? Cet article tentera de répondre à cette question.

La raison la plus évidente de l’échec de la lutte mondiale aux problématiques environnementales est que son approche, le développement durable, ne remet pas en cause le fondement même de la crise écologique, c’est-à-dire le capitalisme et sa montée en puissance depuis la révolution industrielle. Au contraire, le développement durable stipule qu’un capitalisme vert est possible, même souhaitable, et que le problème n’est qu’une question de volonté. Toutefois, un capitalisme vert ne peut exister puisque le système économique qu’est le capitalisme ne peut survivre sans une croissance économique infinie ( la croissance ne peut toutefois qu’être finie puisque nous sommes, jusqu’à preuve du contraire, limités par les limites planétaires ). La croissance, qu’elle soit capitaliste ou pas, ne peut qu’être destructrice puisqu’elle met une pression énorme sur les écosystèmes par son besoin insatiable de ressources et son inévitable production de déchets, quoiqu’en pensent les partisans du concept de la dématérialisation de l’économie capitaliste ( qui n’est habituellement qu’une délocalisation des industries polluantes vers les pays du tiers-monde ).

Une autre raison de l’incapacité du développement durable à obtenir des résultats positifs dans la lutte à la crise environnementale est qu’il se borne à vanter des agissements individuels très peu significatifs (pensons à la place disproportionnée que prend le discours sur les pailles en plastique) et d’une confiance inébranlable envers la technologie dans la solution environnementale. La solution est pourtant tout autre qu’une addition de petits gestes ou bien d’un espoir envers un miracle technologique, mais repose bel et bien sur des changements drastiques de nos modes de vies basées sur l’accumulation matérielle et sur une redéfinition des besoins humains qui ont été parasités par le marketing capitaliste. Les changements de nos modes de vie ne devront donc pas être des initiatives sur le plan individuel, mais plutôt des choix de sociétés qui auront des effets contraignants sur les comportements contraires à la survie de la communauté biotique planétaire, notamment envers les industries qui ont largement profitées de la destruction environnementale et qui sont largement responsables de la situation actuelle. Pour ce qui est dudit miracle technologique, s’il est réellement possible ( permettez-moi d’en douter fortement ), il ne servira qu’à augmenter la marge de profit d’une minorité, et non à sauver la planète, s’il n’est pas arrimé à une bifurcation radicale des modes de production et de consommation humaine, c’est ainsi que fonctionnent les règles du jeu en économie capitaliste comme l’a démontré le paradoxe de Jevons* il y a plus d’un siècle.

L’action environnementale a donc besoin d’une approche qui n’hésite pas à pourfendre les réelles causes du désastre environnemental, en premier lieu le capitalisme, ce que le développement durable ne pourra jamais faire puisqu’il lui est intimement lié. Cette approche pourrait bien être celle de la décroissance ou bien toutes autres approches s’attaquant radicalement au capitalisme et à sa croissance économique. Mettons donc le capitalisme et le développement durable aux vidanges et tournons-nous vers des solutions qui s’attaqueront réellement à la problématique environnementale et du même coup aux autres problèmes liés au capitalisme comme les très nombreuses injustices et systèmes de domination.

*Paradoxe mis de l’avant par l’économiste du 19e siècle William Stanley Jevons qui découvrit que l’amélioration de l’efficacité dans l’utilisation du charbon avait augmenté de façon exponentielle son utilisation au Royaume-Uni et du même coup les conséquences environnementales qui découlent d’une augmentation de son utilisation. Ceci s’explique puisqu’en contexte capitaliste il est logique qu’un gain en efficacité se transforme en augmentation de l’utilisation de ladite ressource puisqu’elle permet d’augmenter la marge de profit, but ultime de tous capitalistes.

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